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CASODOM
jeudi 9 septembre 2010  
    Dîner-Causerie : Gilbert Gratiant, une figure martiniquaise méconnue.  
 
     


Le dîner-causerie a eu lieu le 29 avril 2009. La conférencière est Mademoiselle Isabelle Gratiant, petite-fille de Gilbert Gratiant. Celle-ci s’est beaucoup attachée à la connaissance et à la diffusion de l’œuvre de son grand-père, et a réalisé de multiples travaux s à ce sujet.

La présentation qu’elle nous fait est donc basée non seulement sur la connaissance intime du personnage qu’elle a acquise au sein même de sa famille, mais aussi sur les études qu’elle a longuement menées par elle-même.

 
 

Rares sont ceux, dit-elle, qui se souviennent de Gilbert Gratiant, professeur et poète, auteur de l’œuvre de langue créole « Fab’Compè Zicaque ». L’occasion a été offerte par le CASODOM de rappeler qui il était et quelle est aujourd’hui sa place dans les lettres antillaises.

Né à Saint-Pierre (Martinique, 1895), il est décédé à Paris en 1985. Agrégé d’anglais en 1923 après des études secondaires (Vendôme) et supérieures (Paris), il a enseigné au lycée Schoelcher de Fort-de-France (1923-1928) où il a eu pour élèves, notamment, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Il a poursuivi sa carrière d’abord à Montpellier puis à Paris (lycées Charlemagne et Claude Bernard).

Au cours de ce séjour à la Martinique, Gilbert Gratiant crée et anime la revue « Lucioles » que Léopold Sedar Senghor qualifiera plus tard de « premier mouvement littéraire antillais digne de ce nom ».¹ Y participent Octave Mannoni, Auguste Joyau, Jules Monnerot … Gilbert Gratiant publie en 1925 à Fort-de-France un petit opuscule « Cris d’un jeune » qui exprime ses prises de position progressistes.

En 1935, il écrit son premier poème en créole « Joseph Lévé ! », tandis qu’il élabore en parallèle son œuvre en français, poésies et essais. Dans « Credo des sang-mêlé ou Je veux chanter la France » (1948), Gratiant conte l’épopée antillaise en mettant en exergue le métissage ethnique et culturel qu’il revendique. « Ile fédérée française de la Martinique » (1961) expose le point de vue de Gratiant sur un nouveau statut pour une Martinique responsable de sa gestion au sein de la République française. Les principaux recueils de poèmes en français de Gilbert Gratiant ont paru sous les titres de « Poèmes en vers faux » (1931), « Sel et sargasses » (s.l ; s.d. ).

L’œuvre en langue créole de Gilbert Gratiant, publiée sous le titre de « Fab’Compè Zicaque », qui réunit plusieurs dizaines de poèmes, est à l’évidence une œuvre importante. Sa valeur réside dans l’évocation, dans une langue précise, imagée et d’une grande qualité littéraire, d’un monde qui n’existe plus, Gilbert Gratiant qui ne parlait guère le créole, mais le savait de manière intime, lui a donné ses lettres de noblesse en le faisant passer de langue vernaculaire à la dignité littéraire.

L’œuvre, par bien des aspects, semble d’une grande actualité car Gratiant a sans doute été visionnaire. Homme de synthèse, c’est à la complexité des sociétés antillaises qu’il a rendu hommage, sans renier un seul des apports initiaux.

Gilbert Gratiant a été un écrivain engagé, politiquement marqué, « le premier intellectuel martiniquais au sens moderne du terme, c’est-à-dire un défenseur désintéressé, un défenseur sans sectarisme, mais intransigeant de la vérité et de la liberté vraie »².

Le parcours et les écrits de Gilbert Gratiant sont certainement riches d’enseignements. Pour mieux comprendre les débats actuels, relisons son œuvre qui illustre magnifiquement la Martinique d’hier.

 

L’évocation de son œuvre a conduit tout naturellement à un vif débat et à des échanges appuyés sur les mouvements conduits par ceux qui lui ont succédé. Il a été notamment beaucoup question de négritude et de créolité puis qu’aussi bien tous ceux qui sont venus après lui saluent son œuvre à laquelle ils doivent beaucoup.

La prestation de Mademoiselle Isabelle Gratiant, qu’elle avait préparée avec sérieux, a été unanimement appréciée.

 

¹ Senghor. LS : Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, 1948, rééd. PUF, 2002

² Césaire, Aimé : Préface (extrait du discours prononcé lors de l’inauguration de la stèle érigée par la municipalité de Fort-de-France à la mémoire de Gilbert Gratiant) à Fables créoles et autres écrits, Stock, 1996.