Lors de sa création en 1956, les préoccupations de l'association n’étaient en effet pas du tout celles-là. Cette création résultait du besoin qui avait été ressenti à l’époque de donner un point de repère à des gens, transplantés, plus ou moins déboussolés, venus à la recherche d’emploi. La situation d'alors ne manquait pas de points communs avec celle qu’on constate actuellement chez certaines populations immigrant en France.
Il y avait certes des différences de taille par rapport aux immigrés dont on parle aujourd’hui.
On connaît l'importance que revêt pour ces derniers l'obtention des « papiers » : nos compatriotes faisaient au moins l'économie de ce problème-là puisqu'ils n'avaient pas à se justifier de leur présence en France.
Au contraire ils étaient le plus souvent accompagnés dans leur transplantation par un service d'Etat. Accompagnement qui n'a pas manqué de soulever des ressentiments tant du point de vue des motifs qui l'avaient engendrée qu'au regard des conditions de l'accueil.
Et de fait la réalité que vivaient nos compatriotes était loin d’être uniformément heureuse.
Le C.A.S.O.D.O.M. était alors un point de repère dont la vocation était principalement de réduire autant que possible les effets fâcheux de la migration.
Au fil du temps, la population antillo-guyano-réunionnaise, essentiellement antillaise au départ, a eu des besoins qui n’étaient plus les mêmes. Une fois installée, et installée en nombre, elle a éprouvé le besoin, pour ceux qui ne bénéficiaient pas des congés bonifiés, de trouver le moyen de se ressourcer périodiquement en pouvant se rendre au pays d’origine. Le C.A.S.O.D.O.M. est devenu à ce moment là une véritable agence de tourisme employant jusqu'à 17 personnes, titulaire d'un agrément officiel, et ayant pour fonction d’attribuer des billets de transport à tarifs réduits. Une convention avec Air-France avec l’appui des pouvoirs publics avait permis d’y parvenir
Cette fonction est tombée en désuétude faute de convention d’une part, et d’autre part parce que la donne avait changé dans le transport aérien. Monopolistique auparavant, Air-France était en effet entrée dans la concurrence.
Si après cette période notre action s’est transformée notablement, c’est parce que les aspirations de la population à laquelle il s’applique ont considérablement changé.
En ayant perçu cette évolution, l’association ne s’est pas contentée d’offrir aux antillo-guyano-réunionnais un point de repère social, elle a voulu montrer que c’est la qualité de leur place dans la société française qui est désormais en jeu.
L’opération que nous avons appelée « Les talents de l’Outre-mer » n’a pas d’autre objet que de prendre acte de la nécessité pour nous de trouver une nouveau positionnement qui corresponde à de légitimes ambitions.
L’excellence des parcours qu’on trouve sur ce site (voir les « Talents de l'Outre-mer 2009») , montre que nous avons de la ressource. Les exemples, qu'on peut voir ne représentent qu’une petite partie de ce que nous pourrions démontrer, mais ils sont le signe concret de ce que nous pouvons faire et de ce que nous devons faire. La cérémonie qui a eu lieu au Palais d’Iéna le 16 novembre dernier était empreinte d’émotion parce que celle-ci traduisait la charge de sensibilité qui s'attache à notre désir de réussite. Cette manifestation n’était qu’un témoignage, un témoignage ayant valeur d’incitation et d'entraînement des autres dans le bon sens.
Dans les réactions exprimées par les lauréats à la remise de leurs prix, on pouvait noter deux considérations qui étaient émises comme des leitmotivs : la première était qu’il leur avait fallu de la volonté pour en arriver au stade qu’ils avaient atteint ; la deuxième, c’était que l'appui de leurs proches avait grandement facilité leur ascension. Pas un seul n’a oublié de rendre hommage au soutien des siens, en particulier de sa mère.
Le poids de ces deux considérations devrait nous faire réfléchir, pour éviter de nous polariser sur d’autres considérations, certes réelles et non négligeables, mais moins déterminantes.
Georges Dorion
(Décembre 2009)